Valentin Deudon est un écrivain français qui évoque le football dans une langue sensible et poétique. Son approche est singulière, car il est rare que le sport, et particulièrement le football, soit abordé avec une telle finesse d’écriture.
Le titre de son nouveau livre m’a d’emblée intriguée.
Butographie : un mot étrange et beau à la fois, qui souligne combien le football peut laisser transparaître des fragments de vie, mais aussi ces souvenirs que l’on emporte avec soi.
Ce livre est structuré en 5 saisons, chacune présentée selon le même principe : une période, un nombre de buts et une citation qui accompagne la saison. L’originalité de cet ouvrage repose sur une écriture à 2 niveaux : une entrée très condensée (date, lieu, action liée au but), puis un développement plus ample. Ce contraste apparaît clairement dans la construction du texte.
Certaines citations méritent maintenant d’être relevées et analysées.
« On le voit s’orienter dans un espace vide, tourner un peu la tête, amorcer un virage, puis un ralentissement. »
Cette phrase construit une scène à la fois mentale et physique, centrée sur la mise en tension du corps. Une discrète chorégraphie s’y déploie où le corps devient langage : le moindre mouvement paraît chargé d’une présence, d’une attention singulière à l’espace.
« 3-3 donc, grâce à un dernier but arraché à la providence. »
Ici, l’écriture dépasse le simple résultat sportif pour ouvrir à une interprétation presque poétique, voire spirituelle, du match. Le score cesse d’être une simple donnée chiffrée afin de devenir le signe d’un événement inattendu.
« A good footballer is by nature a beautiful footballer. »
Par ces mots, Valentin Deudon suggère une esthétique du football où la performance ne se sépare pas de la beauté, comme si le geste juste était déjà, en soi, un geste beau.
« Ce samedi-là, on joue quand même, on joue pour rendre hommage. »
La force de cette citation réside dans l’idée de se donner encore davantage dans le jeu où le geste sportif dépasse alors la compétition pour devenir un acte de mémoire.
« Il y a quelque chose du poète dans son mépris du tapage qui règne autour de lui… »
Cette phrase suggère une figure de Cantona en décalage avec le tumulte, où la distance au bruit n’exclut pas l’expression, mais en modifie la nature.
« Résister, un mot qui sied à merveille à son histoire familiale, à son grand-père-maternel, Pedro Raurich. »
Le mot « résister » dépasse ici la simple référence familiale pour devenir la formulation d’ une attitude : une manière d’être au monde, dans le jeu comme face au tumulte médiatique.
« Pour tous là-bas, il est the french man. Le français. L’exception. La différence. »
Cette citation met en lumière un processus de désignation qui dévoile Cantona comme figure d’altérité.
Le style de Valentin Deudon se caractérise par une écriture ample et fluide, qui mêle précision sportive et souffle narratif. Un livre qui déploie une grâce singulière, portée par le rythme et la tenue de son écriture.
Par Véronique Villard





