Ce livre invite le lecteur à une méditation sur l’expérience de la nage. Annie Leclerc écrit le corps dans l’eau, le plaisir de l’immersion, là où la nage devient un moment de présence attentive. Cette réflexion s’exprime aussi à travers des phrases très sensibles où la pensée se déploie avec grâce.
« Au fond nager cherche à nager », écrit Annie Leclerc. Cette phrase énigmatique suggère une expérience qui échappe à la logique de performance, laissant place à l’abandon du geste et à la sensation.
Par le biais de ces mots, Annie Leclerc célèbre la nage en piscine : » Nager en piscine, quel soulagement. C’est simple, c’est clair ; c’est juste nager. » Ici, la nage n’a pas de complication, pas de questionnement, le geste se suffit à lui-même. La piscine offre un cadre rassurant où le corps se concentre pleinement sur le geste et la sensation.
» Ce qui me jette à l’eau, c’est aussi, souvent, passion de fuir. » Par ces mots, Annie Leclerc suggère un élan irrépressible, où le corps se laisse porter par le désir d’évasion.
» Filer loin, tête dans l’eau, loin d’ici-bas, dans l’eau- delà… » La nage ici est un geste d’éloignement : le corps fuit l’ ici-bas pour rejoindre, dans l’eau, un ailleurs silencieux et libérateur.
» Ce que je cherche en nageant, je tente de le poursuivre en écrivant. » À travers cette phrase, Annie Leclerc nous fait sentir que le corps ouvre l’expérience et que l’écriture la prolonge.
« Prise passive, actif abandon, ensemble tressés par l’alliance du crawl. » Dans cette citation, Annie Leclerc montre que la nage unit différents états du corps- passivité, action, lâcher-prise – qui se mêlent et se répondent dans le mouvement du crawl.
» Je cours après ma voix de source. C’est ainsi que je nage sans la saisir jamais. » Par le biais de ces mots, Annie Leclerc évoque la nage comme un moyen de poursuivre ce que l’on cherche en soi, même si on ne l’atteint jamais.
» Elle nage sans âge, en tout âge d’humanité passée et à venir, s’éprouvant capable d’aimer jusqu’ au temps où elle n’ y sera plus. » Ici, l’autrice évoque un amour intemporel, qui traverse toute l’humanité d’ hier et de demain. Une capacité d’aimer qui s’éprouve jusqu’ au moment où l’existence s’ éteint, portée par un souffle continu, comme une nage infinie à travers le temps.
» Je nage, je nage à la nage, suivant l’eau à la lettre. Je suis l’eau à la trace dont je cherche à faire trace. »
Cette phrase donne l’idée d’un mouvement conscient, d’une écriture incarnée, où le texte devient expérience et empreinte. Elle fonctionne comme une méditation sur la nage et l’écriture, fluide et profonde, laissant le lecteur flotter dans le sens et le rythme.
Dans le flot des mots de l’autrice, le lecteur nage à travers les gestes et les émotions. Chaque phrase est un sillage qui ne s’efface jamais. Pour affiner sa sensibilité à la nage et l’écriture, ce livre se lit comme un cours de mouvements et de mots.
Véronique Villard





