Avec Sauter est le verbe de l’enfance, Jean Berthier ne signe pas une biographie de plus sur Robert Herbin. Il tente de métamorphoser la vie d’un footballeur en destin littéraire. Le récit suit l’une des figures majeures de l’AS Saint-Étienne depuis son arrivée à la gare de Châteaucreux, en 1957, jusqu’à sa mort en 2020 et la dispersion de ses cendres en mer. Entre ces deux bornes, on devine évidemment l’histoire d’un joueur, d’un entraîneur, d’un club, mais surtout celle d’un homme dont l’existence semble obéir à un mouvement presque naturel, celui de monter, de culminer puis de redescendre.
Tout le livre tient dans cette image du saut. Adolescent, Robert Herbin avait un vrai talent pour le saut en hauteur, qu’il a ensuite transposé sur les terrains. Jean Berthier part de ce fait très concret et le laisse dériver, peu à peu, vers quelque chose de presque métaphysique. « La vérité d’Herbin était dans le saut », précise-t-il. Robert Herbin voyait lui-même le football comme un langage et se pensait volontiers comme un interprète. Mais celui qui monte haut s’expose aussi à une chute plus dure. Sa fin solitaire, retrouvé presque inanimé chez lui pendant que ses chiens aboyaient, donne à son parcours une gravité qu’on ne lui connaissait pas encore. C’est cette mort, selon Jean Berthier, qui fait vraiment basculer sa trajectoire sportive du côté de la littérature.
Le texte épouse cette intention jusque dans sa forme. La narration continue, sans chapitres, retrace les grandes étapes et les souvenirs du héros des verts, entre la ville, la mine, le stade et le football français. L’écriture cherche sans relâche la formule exacte, avec cette « détente » que l’auteur voudrait voir aller jusqu’à la poésie. Cette économie fait la force du livre (et sa singularité) même si elle laissera sans doute certains lecteurs sur leur faim, avides d’en savoir un peu plus sur tel ou tel épisode.
L’AES ne pouvait qu’être touchée par un ouvrage qui rappelle à quel point le sport devient littérature dès qu’il cesse d’être une simple affaire de résultats pour interroger le temps, la gloire, la solitude, et ce qui vient après.

Sauter est le verbe de l’enfance, Jean Berthier
Le Réalgar, 2026





