« Danser encore »: un titre qui suggère le mouvement, mais aussi la nécessité de poursuivre malgré les épreuves.
Ce roman prend pour cadre l’ Allemagne des années 1920 et retrace le parcours de Johann Trollmann, dit Rukeli, jeune boxeur tsigane animé par l’ambition de devenir champion.
Déterminé à s’ affirmer malgré les préjugés, il enchaîne les victoires et acquiert progressivement une certaine notoriété. Mais la montée du nazisme va profondément bouleverser son destin.
Au fil de ma lecture, certaines phrases ont particulièrement retenu mon attention. Les voici, accompagnées de quelques réflexions auxquelles elles ont donné lieu.
» En 1925, Rukeli devient champion amateur d’ Allemagne du Sud … Il travaille à être encore plus présent, plus enraciné, comme un arbre, un arbre qui danse. »
La métaphore de » l’arbre qui danse » exprime la recherche d’ un équilibre entre l’ ancrage du corps et la fluidité des gestes, réunissant ainsi deux qualités apparemment antithétiques.
» 1929 sonne le glas d’ un répit trompeur… Mais Rukeli n’ est pas inquiet…Un vieux dicton tsigane l’ accompagne depuis l’enfance : » L’ ombre va là où veut le soleil. »
À travers ce dicton, Rukeli semble porter en lui une philosophie de vie fondée sur la confiance en la lumière, malgré la présence inévitable de l’ ombre.
» Année 1931. Le vieux manager de Rukeli l’incite à ne plus penser. Or Rukeli frappe toujours plus sec, mais de penser, jamais ne peut s’empêcher. »
L’opposition entre la violence du geste et l’impossibilité de » ne plus penser » révèle chez Rukeli une tension essentielle entre le corps du combattant et la conscience qui l’habite.
» 1933. Rester debout… Rukeli pressent que bientôt, il ne lui restera plus que ça. »
« Rester debout » prend ici une portée existentielle: lorsque tout semble devoir lui être retiré, il ne lui reste que cette ultime affirmation de son être.
» De la boxe sans danse, ce n’est plus qu’une bagarre, se dit Rukeli. Soudain, il n’ est plus sûr d’ avoir encore envie de combattre. »
Des propos qui, au- delà de la boxe, interrogent finalement le sens du combat : que reste-t-il lorsque le geste perd sa beauté, sa liberté et sa raison d’être ?

Par une écriture sobre et dépouillée, l’auteur parvient ainsi à faire affleurer, derrière le récit, une véritable réflexion sur l’ homme, le corps et le combat.
Par Véronique Villard





